Quand en 1967 la France et le Royaume-Uni signent l’historique Anglo-French Helicopter Agreement celui-ci s’articule autour de trois hélicoptères destinés à être communs aux deux pays : les Sud Aviation SA.330 Puma et SA.342 Gazelle côté français et le Westland Lynx côté britannique. Les deux premières machines devaient également être assemblées en Grande Bretagne pour les besoins aussi bien de l’Army Air Corps que de la Royal Air Force. Sans le savoir cette dernière allait alors rencontrer celui qui serait son principal hélicoptère de transport d’assaut pour plus d’un demi siècle : le Westland Puma.
Si le développement de la Westland Gazelle ne posa aucun souci il en fut autrement de ce Westland Puma. Non pas que les équipes britanniques et françaises avaient du mal à travailler ensemble, ce n’était pas le cas. En fait c’est plutôt les militaires de Sa Majesté qui pour certains semblaient frileux autour de cette machine née des enseignements français de la guerre d’Algérie. L’Army Air Corps s’en éloigna vite, poussée notamment par une campagne de dénigrement d’une presse conservatrice britannique qui préférait regarder vers l’Atlantique que vers la Manche. Certains journaux londoniens auraient aimé faire capoter le programme du Westland Puma. De son côté la Royal Air Force respecta ses engagements initiaux et passa commande pour quarante machines destinées alors au remplacement Westland Whirlwind HC Mk-10.
Par rapport à ce dernier le nouveau Westland Puma HC Mk-1 offrait une cabine plus vaste, une vitesse de croisière augmentée de 100 kilomètres heures, et surtout la sécurité de ses deux turbines Turbomeca Turmo IIIC4 de facture française de 1185 chevaux chacune. Comme cela avait été prévu dans l’accord initial c’est Sud Aviation qui produisit le prototype du Puma HC Mk-1 sous sa désignation maison de SA.330E. Il vola en 1968 et Westland construit ensuite les exemplaires de série. Les deux premiers entrèrent en service en juin 1971 au sein du N°33 Squadron de la Royal Air Force. Le N°230 Squadron de son côté réceptionna les siens à partir de janvier 1972. Au début de l’année 1976 l’ensemble des Puma HC Mk-1 avait été livré. Trois ans plus tard le ministère britannique de la défense obtint d’Aérospatiale, nouvelle raison sociale de Sud Aviation, l’autorisation de commander huit hélicoptères supplémentaires. Ils devaient notamment permettre de remplacer les quatre exemplaires prélevés sur les stocks et affectés aussi bien à l’Aeroplane & Armament Experimental Establishment qu’au Royal Aircraft Establishment pour des soutiens aux essais en vol. Leurs Puma se reconnaissaient à leur livrée tricolore bleue nuit, rouge, et blanche.
L’Empire Test Pilots School employa également un exemplaire pour la formation des pilotes d’essais.
Avec une production de seulement quarante-huit machines pour les seuls besoins de la Royal Air Force le Puma HC Mk-1 n’était pas à proprement parler une réussite commerciale pour Westland. D’autant plus que l’expérience de leur emploi en Rhodésie en 1980 en contrôle des accords de paix mettant fin à la guerre du bush de Rhodésie du Sud fut néfaste pour l’hélicoptériste. La RAF comprit alors qu’elle n’avait pas besoin du Westland Sea King HC Mk-4. Trois ans après cette opération en Afrique Londres déploya ses Puma HC Mk-1 en Amérique centrale, et plus particulièrement dans son ancienne colonie du Belize mise en danger par un conflit frontalier avec le Guatemala. Les hélicoptères permirent notamment la dépose de commandos du SAS.
Les Westland Puma HC Mk-1 ne furent par contre pas déployés aux Malouines durant la guerre. En effet la présence d’exemplaires d’origine française dans les rangs argentins mettaient en danger ces appareils. Les risques de tirs fratricides étaient déjà pris très au sérieux. En revanche un SA.330J d’origine civile fut capturé et ramené en Angleterre où il remplaça l’un des deux appareils de l’Aeroplane & Armament Experimental Establishment, permettant à l’autre de rejoindre la RAF. Outre ces opérations de guerre les Puma HC Mk-1 furent massivement engagés en Irlande du Nord dans la traque des terroristes de l’IRA, et ce dès la fin des années 1970. Les années 1990 virent le déploiement de ces hélicoptères dans le Golfe et en ex-Yougoslavie aussi bien dans le soutien aux unités de combat que pour le maintien de la paix, notamment sous livrée blanche de l’ONU. Ce fut également le moment où les Puma HC Mk-1 remplacèrent petit à petit les Westland Wessex HC Mk-2.
Un temps il fut envisagé que Westland demande l’autorisation à Eurocopter, nouvelle raison sociale d’Aérospatiale, de construire deux exemplaires supplémentaires dans le cadre du remplacement des Wessex HCC Mk-4 dédiés au transport de la famille royale. Finalement celle-ci se tourna vers l’acquisition d’hélicoptères civils plus adapté que ce robuste mais très rustique Puma HC Mk-1. La production en resta donc à quarante-huit machines.
À la fin des années 2000 la Royal Air Force proposa à Eurocopter de moderniser en profondeur la flotte de Puma HC Mk-1. Les militaires britanniques avaient dans un premier temps envisagé de faire appel à Agusta-Westland, qui avait remplacé Westland quelques années auparavant, mais son programme ne semblait pas assez ambitieux. Le constructeur franco-allemand lui n’y allait pas de main morte : remplacement des turbines Turbomeca Turmo IIIC4 d’origine par des Turboméca Makila 1A1 de 1900 chevaux chacune, identique à celles qu’on trouvait alors sur les Aérospatiale AS.332C Super Puma et les Atlas Oryx, mise en place d’un poste de pilotage tout écran digital et numérique, renforcement de la protection balistique contre les tirs provenant du sol, et rénovation du train d’atterrissage.
Vingt-quatre exemplaires seulement, soit la moitié de la flotte, fut ainsi modifiée entre 2013 et 2015. Ces appareils entrèrent en service comme Puma HC.2.
La dernière décennie de leur carrière fut marquée par de nouvelles missions comme les recherches et sauvetages en mer, la dépose de commandos aux profits des forces de l’ordre, ou encore le transport sous élingue de charges diverses lors de catastrophes naturelles. La crise pandémique du Covid-19 durant l’année 2020 offrit également aux Puma HC.2 la possibilité de devenir de véritables ambulances médicalisées volantes. Ils transportèrent à chaque fois un voire deux malades aux quatre coins de la Grande Bretagne et même parfois en Allemagne, en Belgique, ou encore en France. Un programme appelé NMH, pour New Medium Helicopter, fut lancé par la Royal Air Force en vue de son remplacement mais sans réussite. Résultat le Puma HC.2 quitta le service actif au 31 mars 2025 sans qu’un remplaçant n’existe pour lui.
Aussi mythique au Royaume-Uni qu’en France le gros félin aura connu une carrière de cinquante-quatre ans. Aujourd’hui des Westland Puma sont préservés dans divers musées de Grande Bretagne. Les aéronefs retirés du service sans qu’un remplaçant n’existe sont rares, lui en fait partie !
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